Le stress opérationnel : pourquoi apprendre à le réguler prend du temps
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Dans les métiers de l'urgence, on apprend à encaisser. On rentre chez soi, on pose le sac, on passe à autre chose. Mais le corps, lui, n'oublie pas.
Ces mécanismes que vous utilisez pour tenir – l'humour, la distance, le silence – sont vos alliés. Ils vous permettent de fonctionner. Mais au fil des années, ils peuvent remplir un réservoir qui ne se vide jamais vraiment.
Nous vous proposons une autre voie. Pas pour supprimer ces mécanismes, mais pour apprendre à les desserrer pour ne pas « serrer ». Pour que le stress accumulé ne devienne pas votre quotidien.
Savoir attendre
Quand on travaille comme nous avec le stress ou l'état de stress post-traumatique, il faut savoir attendre. Être patient.
Les exercices sont efficaces. Les techniques sont éprouvées. Mais chacun a son rythme. Chacun a sa façon, son moment pour décharger. Il nous arrive souvent de donner des ateliers et de voir quelque chose se débloquer alors que tout semblait figé. La personne est prête. Le stress peut se réduire. Le pont est fait. Et souvent, avant cela, on attend. On laisse venir. On est patient. Car sur le stress, il ne faut pas rajouter du stress. Pousser quelqu'un à se relâcher n'est ni efficace, ni respectueux. Quand on a besoin de temps, on a besoin de temps.
Ces mécanismes qui nous protègent
Les mécanismes mis en place pour gérer le stress comme on peut permettent à la personne de fonctionner. L'humour noir, la solidarité d'équipe, la méfiance envers ce qui vient de l'extérieur : on connaît. On ne juge pas. On travaille avec. Ces mécanismes sont d'excellents alliés, même si à terme ils font que le stress s'accumule. Ils permettent que les journées se passent assez bien. Que l'on soit fonctionnel au travail. Que la vie se passe plus ou moins normalement, vu les situations extrêmes que ces gens vivent (ambulanciers, policiers, pompiers, personnel hospitalier, humanitaire, etc.). Ces blocages que l'on apprend à relâcher sont nos alliés, nos amis. Ils nous aident à supporter et à tenir.
Un réservoir qui se remplit
Mais au fil du temps, ils constituent une mécanique qui remplit un réservoir de stress. Un réservoir qui ne peut pas se vider. On met de côté, et on avance. La citerne est un peu plus pleine. Prochaine situation imprévue, ardue, pénible : on met de côté. On fait des gags. On scrolle. On passe à autre chose. Alors, quand il s'agit de relâcher ces mécanismes, nous les traitons avec beaucoup de respect. Car ils sont utiles. Néfastes sur le long terme, très utiles sur le court et moyen terme.
Ce que nous observons en atelier
Durant un premier atelier, nous voyons souvent des personnes pour qui « cela ne fait rien », ou « pas grand-chose ». En attendant, on verra très probablement les effets s'étendre plus tard. La personne a besoin de temps pour modifier son approche du stress. C'est un changement de paradigme. Accepter le stress. Le réguler. Évacuer ce qui pèse pour avoir plus d'énergie et mieux récupérer.
Changer de regard sur le stress
En général, on se dit : non, le stress, je n'en veux pas. Mais dans un métier stressant, cela paraît difficile. La distance, l'humour noir, les gags permettent un certain recul. Mais des parties de nous-mêmes sont touchées, qu'on le veuille ou non, dans ces moments critiques. Alors il nous faut du temps. Du temps pour comprendre comment changer son rapport au stress. Du temps pour voir que les exercices fonctionnent. Du temps pour constater qu'en évacuant le stress lors de moments de repos, il se réduit et nous laisse tranquilles.
Le stress comme une blessure, pas une faiblesse
Ce changement est un pivot. Appréhender le stress comme on appréhenderait une blessure, pas une faiblesse. Dans un cadre où des blessures surviennent souvent, on peut bien sûr « faire le dur à cuire ». Mais une fois que la coquille casse, attention. Nous proposons une alternative à faire le dur à cuire : écouter le stress, le transformer avec des exercices concrets, apprendre une autre mécanique interne pour être mieux sur le long terme. Réguler ces phases pour ne pas accumuler trop en dedans.
Des répercussions au-delà de soi
Ce genre de nouvelle mécanique interne a des répercussions au-delà de nous-mêmes. Si l'on est plus tranquille, les autres le sont aussi. L'équipe est moins tendue. Les imprévus sont mieux gérés. Une nuit de plus à faire, c'est possible quand le repos est déjà de qualité. Mais lorsque cela fait dix ans qu'on fait du 3x8, que l'on a vu bien des situations difficiles à absorber, les marges de manœuvre sont bien plus courtes.
L'autonomie comme objectif
Les ateliers que nous enseignons servent à transmettre ces exercices. Pour que les employés deviennent autonomes. Pour qu'ils sachent les faire seuls, quand ils en ont besoin. Pour que cela arrive, on doit les accoutumer au processus de régulation, aux exercices, à la façon de voir le stress.
On peut continuer à serrer les dents. Beaucoup l'ont fait avant nous, beaucoup le font encore. Mais on peut aussi apprendre à desserrer, progressivement, sans rien renier de ce qui nous a permis de tenir. C'est ce que nous transmettons. Pour que chacun puisse rentrer chez soi un peu plus léger, et que l'équipe tienne la route, ensemble, sur la durée.