Ce que les quartiers difficiles du Cap nous ont appris sur le stress des équipes d’urgence

Temps de lecture estimé : 5 minutes

Et si la manière dont on survit dans les townships sud-africains ressemblait à la manière dont vos équipes gèrent leur stress ? Nous sommes partis en Afrique du Sud durant le COVID, quand nous ne pouvions plus travailler, pour continuer à enseigner les outils que nous utilisons ici avec des victimes de violence et des personnes travaillant sous stress. Après avoir pris contact avec diverses associations, nous avons pu transmettre ces outils aussi bien à du personnel de safe house pour femmes subissant des violences conjugales graves qu’à de jeunes adultes et adolescents vivant dans des quartiers de gangs.

S’adapter à la culture du Cap

Les outils sont simples et clairs, les transmettre n’est pas le problème. La difficulté majeure vient de l’adaptation à la culture. En effet, la gestion de la violence est très différente dans une ville où les attaques au couteau sont quotidiennes ; vous peinerez à trouver quelqu’un qui n’a jamais été menacé. Les agressions à l’arme à feu sont également très régulières (plusieurs par mois à une par semaine selon les quartiers). Dès lors, vous ne pouvez pas « fonctionner » comme on le ferait ici. Cacher sa peur est une base nécessaire pour vivre dans ces quartiers. Il faut s’endurcir et peu montrer. Il faut donc prendre le temps de rencontrer les gens, de les laisser s’ouvrir pour accéder à une expression de peur, ou même d’inconfort. Cela est si présent que les personnes elles-mêmes ne sont pas au clair sur leurs sensations et émotions.

Cela se retrouve ici, dans les milieux où l’identité de groupe est forte : police, armée, équipes soudées. Les gens vont aussi « cacher », mais ils sont pour la plupart moins exposés à des violences extrêmes.

Le TRE en pratique : des résultats immédiats

Les ateliers ont donc pris plus de temps que prévu, pour permettre à la coquille de progressivement se relâcher. Pourtant, même si de l’extérieur cela semble progressif, les participants nous ont rapporté dès le premier jour un mieux-être, une plus grande relaxation. Pour cela, le TRE (Trauma and Release Exercises) est un excellent outil. Physique, sans besoin d’exposer quoi que ce soit, il permet une régulation profonde et durable du système nerveux. Les visages étaient très différents après la première séquence.

Les premières étapes du TRE :

  • Des exercices ciblés fatiguent une chaîne musculaire qui sous-tend la réaction de stress par la tension (on encaisse et on « serre les dents »).
  • Ensuite, des oscillations musculaires involontaires mais contrôlables surviennent, déchargeant le système nerveux du stress accumulé.
  • Enfin, une phase de repos permet au corps de retrouver son énergie, sa souplesse, et à l’esprit de s’apaiser.

On voyait le groupe déconcerté, rire, s’étonner de voir ses jambes vibrer ou trembler. Puis la fatigue s’exprimait, et le calme s’installait.

De retour en Suisse : mêmes murs, mêmes blessures

Quand on travaille en Suisse, on travaille aussi souvent en milieu à risque. Les ambulanciers, les policiers sont dans des environnements qui génèrent du stress qu’il faut encaisser pour continuer et rester efficace. Lorsqu’un ambulancier rentre chez lui, le milieu n’est plus à risque. Il peut alors se reposer, décharger le stress. Ce serait un moment idéal pour faire du TRE avant le souper, ou avant le coucher du matin si la personne a travaillé de nuit.

Les équipes ont des traits similaires aux personnes avec lesquelles nous travaillions en Afrique du Sud. Il y règne souvent un esprit « tribal », loyal envers l’intérieur et méfiant envers l’extérieur qui peine à comprendre leur quotidien. Le personnel doit « gérer », endurer, supporter. On est « fait pour ça », ou pas. Et les effets du stress se ressentent rarement rapidement. Le temps passe, l’habitude s’installe, les situations sont gérées seul·e ou en groupe, on en fait parfois des gags. Cela permet de tenir, mais pas de digérer. Après quelques années, on a dû se durcir pour supporter, mais l’inconfort reste. Parfois, des désaccords s’affichent et le groupe se fragilise. Le turn-over est souvent élevé, alors on ne s’en rend pas compte.

Réguler, c’est comme arroser son jardin

Les solutions sont pourtant là pour permettre aux gens de durer sans trop endurer. On doit réguler le stress, progressivement, comme on arroserait ou binerait un jardin. Dans les métiers à risque, le stress serait une mauvaise herbe qui s’installe facilement. Il faut s’en occuper pour éviter qu’elle prenne du terrain.

Les exercices de régulation du stress permettent de réduire le stress accumulé, passé et présent. Ils rendent autonome face à son stress. On peut rentrer à la maison et se dire : « L’inter d’aujourd’hui était chaude, j’ai besoin d’un break. » Et au lieu d’ouvrir une bière ou de scroller pour oublier, on fait son TRE comme on arroserait un jardin trop sec, on se relâche, on digère. Puis, si on veut, on ouvre une bière et on scrolle – ou on fait autre chose.

Ce que nous proposons

Voilà ce que nous proposons : apprendre à gérer le stress, à le digérer, à son rythme, selon les contraintes du travail.

Planifier un échange

← Retour au blog